28/09/2005

EQUATEUR – BOLIVIE : POPULISME ? UNE NOUVELLE PERIODE D’INSURRECTION DEMOCRATIQUE ? Kléber Gia Bustamante, 27 Août 2005.

 « Que les putes prennent le pouvoir.
Leurs fils ont échoué ». (Un graffiti sur les murs de Quito)


EN GUISE D’INTRODUCTION :
Jamais les « démocraties » mères européennes n’avaient tant ressemblé autant que maintenant, du moins dans « certains » traits (afin de n’offenser personne), à leurs copies d’Amérique latine.

Nous nous permettons cette « irrévérence » au sujet des deux referendums qui ont eu lieu en France et aux Pays-Bas au sujet de la Constitution Européenne, ainsi que du désaccord budgétaire de la présidence anglaise de l’Union Européenne (les six prochains mois), de ladite « crise » de la représentativité.
Les élites européennes et leurs bureaucraties étaient au dessus de tout, elles passaient si vite qu’elles ont confondu leur « succès retentissant » avec le silence de la multitude de leurs peuples respectifs. Que ce soit le faible OUI aux référendums dans certains pays de la vieille Europe, diamétralement opposé au OUI des minorités parlementaires des autres nations, ou encore le OUI élitiste des pays de la « nouvelle » Europe (pays de l’Est), ils n’ont pas suffit à convaincre des « bons côtés » du modèle.
La présence du NON ainsi que l’atmosphère de profonde méfiance de la part des habitants d’autres pays de la « même vieille Europe » ont été nécessaires pour que l’on se rende à l’évidence : doute méthodique au sujet du double discours national européen (Bruxelles), scepticisme quant à la double mesure dans la lecture de « l’Accord de Lisbonne », quant à la « norme » Folkestein, etc. Une étrange ressemblance avec le « Consensus de Washington » déjà en vigueur en Amérique latine, avec les résultats que l’on connaît, et le TLC ou traité de « libre » échange en passe d’être imposé.
Plus que jamais, Washington veut une « démocratie » (la sienne) latino-américaine « solide », exempte de « populismes », la version sud-américaine du « terrorisme ». Et bien sûr, une Europe « forte » qui marche sur ses « pas » ; c’est-à-dire : « unie », « moderne », « nouvelle », qui laisse de côté les questions SOCIALES « obsolètes », qui soit « perpétuellement en guerre » contre le terrorisme « externe », qui a fini par la toucher, qui a franchi les « murailles » anglaises, et qui menace l’Europe.

I .- PARTIE :- ESCALADE POPULISTE ANDINE ?

Les événements en Equateur et en Bolivie ont ému la région andine ainsi que l’entièreté du continent. L’Equateur a connu une succession de huit présidents ces neuf dernières années, et la Bolivie en a connu trois en trois ans. Chacun a vu émerger diverses rebellions. Ces deux pays montrent bien que le modèle des dénommées « démocraties représentatives » ne fonctionne pas. Ces réactions légitimes de la part des peuples ont été qualifiées de « populistes » par le Département d’Etat américain et l’Académie de l’Etablissement. Etrangement, seize ans après la fin de la « Guerre froide », l’accusation simpliste de l’exportation de la révolution est actualisée ; l’ « euphorie », et même l’ « ingérence humanitaire » et l’invasion guerrière sont justifiées au nom de l’exportation de ce que l’on appelle la « démocratie ».
Quel est le problème ? La démocratie elle-même, en tant que système, en tant que modèle-méthode ? A qui imputer la faute ? A ceux qui se font appeler les « démocrates », ou simplement aux peuples à qui l’on demande uniquement de « voter » ? Mais pourquoi échouent-ils ? Peut-être les « démocraties » sont-elles mortelles (pas seulement manquées), tout comme les êtres humains ?

APERCU DU SCENARIO :

LES PIEGES DES PARTIS ET DES LEADERS.

 Du 9 au 12 avril 1952, les ouvriers et les paysans boliviens sont les acteurs d’une révolution extraordinaire en Amérique du Sud, dans la région andine. Cette révolution populaire émerge en réponse au coup d’Etat du président sortant Mamerto Urriolagoitia (« mamertazo ») et à l’imposition de la dictature du Général Hugo Ballivián Rojas. La cause de cette révolution est évidente : le président élu de façon légitime le 6 mai 1951, Victor Paz Estenssoro, membre du Movimiento Nacionalista Revolucionario (MNR, Mouvement nationaliste révolutionnaire), ne plaît pas aux mineurs d’étain, ni à l’ambassade américaine. Les thèses de Pulacayo, manuel politico-militaire des travailleurs depuis 1946, se voient concrétisées : ligne armée des travailleurs, structures armées et organisation militaire des syndicats. Les milices de la Federación Sindical de Trabajadores Mineros de Bolivia (FSTMB, Fédération syndicale des travailleurs miniers de Bolivie) et de la Central Obrera Boliviana (COB, Centrale ouvrière de Bolivie) constituent les seules Forces armées ; toutefois, elles s’avèrent insuffisantes pour garantir une stratégie populaire depuis le gouvernement. Les secteurs populaires ont confiance en Paz Estenssoro et en son parti, qui se présente comme anti-impérialiste, ennemi de l’oligarchie minière. Néanmoins, ce parti (le MNR), Paz Estenssoro et son gouvernement s’arrangent pour trahir et enterrer les objectifs stratégiques de la révolution. Ainsi, depuis 1952, tous les gouvernements MNR ont « renforcé » l’Etat capitaliste, et cherché à réduire à néant le pouvoir populaire.

 Le 28 mai 1944, le président équatorien Carlos Arroyo del Río est renversé par un soulèvement populaire mené essentiellement par des socialistes et des communistes. Cette longue journée de lutte populaire est connue sous le nom de « La glorieuse révolution ». Malheureusement, le gouvernement aux mains des dirigeants, ceux-ci décident d’appeler le chef populiste José María Velasco Ibarra (qui a déjà été élu pour la première fois en 1933 et renversé en 1935). C’est l’expression d’une « nouvelle » alliance oligarchique libérale conservatrice, soutenue par des secteurs moyens et populaires. Velasco Ibarra parvient à se faire passer pour une personnalité politique aux tendances gauchistes ; mais cette apparence ne fait pas long feu. La Constitution de 1945 élaborée par les secteurs moyens et populaires progressistes les plus avancés du pays, est écartée par le « Caudillo » populiste, qui confirme ainsi son inclination oligarchique en se proclamant dictateur et en appelant une autre Assemblée constituante, celle de 1946. La persécution, les emprisonnements et l’exil sont la récompense offerte aux organisations de gauche et populaires qui lui ont permis d’accéder au gouvernement. Un an plus tard, Velasco Ibarra est renversé par un autre coup d’Etat militaire.

DES ILLUSIONS DES « SEIGNEURS » DE LA GUERRE.

 Le 6 octobre 1970, des secteurs gauchistes de l’armée bolivienne tentent de mener un coup d’Etat pour évincer les secteurs nationalistes en faveur des nationalisations proposées par le général président Ovando Candia (1969). Le 7 octobre, le général Juan José Torres prend le contrôle de la base aérienne de El Alto, et organise un nouveau gouvernement qui fait appel à la participation massive de la population de El Alto. La différence avec la révolution de 1952 réside dans le fait que cette fois, les masses populaires sont désarmées et se retrouvent au centre d’un conflit au sein des forces militaires. En janvier 1971, le colonel de droit, Hugo Banzer tente de mener un coup d’Etat. Il échoue et se voit contraint de se réfugier à l’ambassade d’argentine. Toutefois, le 1er mai, des dizaines de milliers d’ouvriers boliviens ainsi que les secteurs populaires se constituent en une Assemblée populaire, ce qui rappelle l’insurrection triomphante de 1952. Les décideurs populaires et militaires de l’époque hésitent lorsque des décisions sont à prendre. Finalement, le 19 août 1971, H. Banzer, associé au MNR de Paz Estenssoro et à la Falange Socialista (Phalange socialiste) de droite, et bien considéré par l’ambassade américaine, mènent à bien leur coup d’Etat, qui imposera une dictature impitoyable jusqu’en 1978.
De 1978 à 1982, la Bolivie connaît huit gouvernements. Certains ne durent que quelques jours, comme les dictatures féroces de Natusch Busch et du narcotrafiquant García Meza.

 En 1968, à l’issue de nouvelles élections en Equateur, le « Caudillo » Velasco Ibarra se retrouve à nouveau à la tête du gouvernement (la période 1968-72 est la cinquième et dernière fois). Face à la profonde crise qui menaçait l’ « intégrité de la nation », Velasco Ibarra se proclame dictateur, et bénéficie du soutien des Forces armées et de certains secteurs oligarchiques. Les secteurs populaires ne sont cependant pas les seuls à faire état de la crise ; l’oligarchie est également embourbée dans une lutte pour l’hégémonie, particulièrement pour le contrôle de la nouvelle richesse pétrolière. Face à la crainte de voir les mouvements sociaux et certains secteurs nationalistes de la Marine et de l’armée équatorienne prendre le contrôle de la république (leur programme était celui d’un gouvernement populaire radical), des actions sont entreprises depuis l’ambassade américaine afin que les Forces armées restent dans des mains militaires « amies ».
C’est le début de la dictature du général Guillermo Rodriguez Lara (1972-1976), avec les importants revenus pétroliers. Il tentera de moderniser, d’ « enrichir » le pays. En 1976, le général Rodriguez Lara est remplacé par un Conseil suprême, où interviennent les commandants des trois branches des Forces armées équatoriennes, qui organisera des élections en 1978-79, pour revenir à la « démocratie ».


LE TERRORISME : LES « BOMBES INTELLIGENTES » NEO-LIBERALES.

 En mars 1985, les travailleurs boliviens mènent une grève générale de 16 jours pour protester contre le gouvernement de Hernán Siles Suazo, favorable à l’oligarchie, au pouvoir depuis 1982. Ancien leader de la « gauche » du MNR, Hernán Siles Suazo est aujourd’hui à la tête de l’Unión Democrática Popular (UDP, Union démocratique populaire), un « front populaire » formé de partis patronaux et réformistes. Au cours du mois de mars, 10 000 mineurs armés et munis de charges de dynamite occupent la capitale. A Oruro, ils envahissent les entités publiques. Le mouvement reçoit le soutien solidaire des mouvements paysan et estudiantin. Il est à nouveau question de mettre le pouvoir aux mains du peuple. Les dirigeants réduisent la lutte des masses à une série de revendications secondaire ; toutefois, les mineurs et les secteurs populaires doivent se retirer « les mains vides ».
En août 1985, Paz Estenssoro assume à nouveau la présidence, avec pour ministre de l’économie Gonzalo Sánchez de Lozada (« Goni »). Les recettes-choc néolibérales qu’ils imposent provoquent une réaction massive de protestation dans les secteurs ouvrier et populaire. En septembre, une grève générale est reconduite, ce qui porte un coup fatal à l’insurrection des citoyens. La vague de privatisations et surtout la fermeture des mines auront pour conséquence le licenciement de milliers de travailleurs. Le collectif historique le plus important de la lutte populaire bolivienne se retrouve démantelé. On assiste à la défaite de la troisième tentative révolutionnaire du Movimiento Popular boliviano (Mouvement populaire bolivien). Paradoxalement naît le secteur des planteurs de coca. Ces masses de personnes sans emploi trouvent dans la production de coca leur survie, leur nouvelle organisation.

 Jaime Roldós Aguilera est à la tête du gouvernement équatorien depuis 1979. Bien qu’il ait remporté les élections en tant que candidat du parti populiste CFP, il a conservé une certaine indépendance par rapport à son parti et aux influents partis oligarchiques. Il a été l’un des premiers gouvernants à se prononcer en faveur de la reconnaissance de la révolution sandiniste. En outre, il s’est illustré comme l’un des partisans fervents de la restitution du canal du Panama aux Panaméens et à leur souveraineté. Enfin, il est l’initiateur de la reprise des relations avec le gouvernement cubain.
Le 24 mai 1981, il meurt, aux côtés de son épouse et de sa suite. L’ « accident » aérien, qui, quelle coïncidence, s’est répété avec la mort du général panaméen Omar Torrijos, l’un des protagonistes de la restitution du canal, n’a jamais été tiré au clair. La plupart de leurs compatriotes ont vu dans les deux « accidents » l’empreinte de la CIA américaine.
La période appelée « démocratique » (1979 – 1997) voit le début de la mise en œuvre de la recette néolibérale et des défaites et désarticulation progressives du mouvement populaire équatorien, dont fait partie la défaite politique et militaire de l’insurrection armée équatorienne de cette période. Les secteurs ouvriers (les centrales ouvrières) et les secteurs moyens sont les plus touchés.
Après la mort de Roldós, le vice-président Oswaldo Hurado Larrea (membre de la Démocratie chrétienne) devient le chef du gouvernement. Ce gouvernement est entré dans l’histoire pour avoir lancé les politiques de réajustement et la « sucrétisation » de la dette externe, qui furent synonymes d’une nouvelle imposition cruelle aux yeux des Equatoriens.
Les gouvernements du social-chrétien (PSC) León Febrescordero (1984 – 1988), du social démocrate (PSD) Rodrigo Borja Cevallos (1988 – 1992) et celui du conservateur (PCE) Sixto Durán Ballén (1992 – 1996) auront pour constante le néolibéralisme, bien qu’assorti de certaines nuances, comme le « gradualisme » économique lors de la période de Borja, la politique répressive et antipopulaire du gouvernement de León Febrescordero, la radicalisation des mesures néolibérales du gouvernement de Durán Ballén-Dahik.
En juin 1990, la confédération des nationalités indigène d’Equateur (CONAIE) est à la tête d’un soulèvement national ayant pour but d’obtenir des modifications de la Constitution équatorienne : elle doit être adaptée contre la marginalisation historique des autochtones, et s’ouvrir à une stratégie plurinationale, à de nouvelles formes de lutte, à de nouveaux éléments afin d’établir une stratégie intégrale de pouvoir.
Quand Durán Ballén (1992-96) et son vice-président Alberto Dahik veulent privatiser la terre et l’eau collectives des communautés indigènes, la réaction en chaîne du Mouvement indigène est immédiate, et ses membres parviennent à imposer le retrait d’une « loi agraire et des eaux » déjà approuvée par le gouvernement et le Parlement. Cette action leur permet de vaincre la programmation fondamentaliste néolibérale que le gouvernement comptait imposer par le biais d’une « consultation populaire » en 1995, et de la corruption des parlementaires afin d’accélérer les privatisations.

 La période équatorienne d’instabilité « démocratique » correspond au gouvernement d’Abdalá Bucaram (1996 – 2000), leader du Partido Roldosista Ecuatoriano (PRE, Parti roldosiste équatorien) populiste. Abdalá, bien qu’il se définisse comme le « président des pauvres », bénéficie du soutien de puissants groupes économiques, dont l’alliance lui offrent la victoire (l’élite libanaise guayaquilène, le groupe de la banque Filanbanco et celui du magnat des bananes, Alvaro Noboa). Bucaram prétend suivre le programme néolibéral radical. Les inévitables privatisations, l’impérieuse flexibilisation du travail, la corruption et son abus de pouvoir provoquent la réaction populaire anti-Bucaram jusqu’à sa chute. Au cours de sa défaite, la présence de la CONAIE est décisive, ainsi que celle des secteurs populaires urbains, essentiellement de Quito, et des secteurs moyens. Craignant l’action « violente » des masses, les « agiles » groupes oligarchiques, véritables responsables de la crise, optent pour le « moindre mal », soutenus par l’ambassade américaine : il reconnaissent l’hégémonie des secteurs sociaux-chrétiens. « Habiles », ils écartent la vice-présidente Rosalía Arteaga et, après avoir déclaré Bucaram dans l’« incapacité mentale » de gouverner, ils nomment Fabian Alarcón Rivera (1997 – 1998) nouveau président équatorien.
Jamil Mahuad Witt (démocrate-chrétien) est élu pour la période 1998 – 2002, mais il ne sera en fonction que jusqu’en 2000. Le président Mahuad sera mêlé à la plus importante crise de la vie républicaine. Le mercredi 19 janvier 2000, la majorité des Equatoriens protestent contre la perte soudaine de leur pouvoir d’achat, la spéculation et le coût croissant de la vie, qui a conduit des milliers de citoyens à la pauvreté et à la misère en quelques semaines. La nouvelle parité avec le dollar atteint les 25 000 sucres, et d’après les Equatoriens, la faute est à imputer à la corruption bancaire des élites et à la complicité du gouvernement.
Quelques 30 000 soldats et policiers tentent de lutter contre les barrages routiers élevés par les indigènes au niveau national. Les arrêts de travail, les manifestations estudiantines se multiplient, en nombre et en intensité, dans tout le pays. Mahuad, désespéré, tente de brandir le drapeau de la « dollarisation » afin d’en finir avec la crise. Mais cela complique encore la situation, en ajoutant à la crise le facteur de la souveraineté.
La CONAIE mobilise des milliers de membres jusque Quito et, avec le soutien des citoyens de la capitale, des organisations populaires et des autres provinces, ils parviennent à mettre sur pied un mouvement irréversible pour exiger le départ de Mahuad. Le 21 janvier, les nationalités indigènes, les masses urbaines et d’autres organisations alternatives nomment un Conseil de gouvernement ; un civil : Carlos Solórzano Constantine ; un indigène : Antonio Vargas (président de la CONAIE) ; et un militaire (le plus « coopératif ») : le colonel Lucio Gutiérrez, qui étrangement, demande que le général Mendoza soit nommé à sa place. Ce général et le colonel Gutiérrez constitueront le point de départ de la stratégie visant à contrôler la situation pour éviter qu’une véritable insurrection victorieuse n’éclate. Au nom de la « constitutionnalité », ils tournent le dos au Mouvement populaire afin de s’emparer du vice-président Gustavo Noboa Bejarano (2000 – 2002).

II.- PARTIE :- UN AUTRE REVEIL DES PEUPLES DANS LEUR TERRITOIRE : LES RUES

 Quinze ans plus tard, en l’an 2000, le cycle de mobilisations populaires boliviennes reprend. Il s’agit de la dénommée « guerre de l’eau », qui débute à Cochabamba et va permettre de « reconstituer de façon régionale un tissu plébéien d’indigènes, de paysans, d’agriculteurs, de syndicalistes, d’ouvriers et de membres des classes moyennes exclues de la prise de décisions politiques, etc., forçant l’Etat à revenir en arrière concernant ses politiques de privatisations, et à donner la parole au peuple, de façon temporelle, pour la prise de décisions ». Après une période calme arrivent les rébellions de l’Altiplano et du Chapare. En juin et juillet 2001, les aymaras commencent à militariser l’action collective par le biais de la formation du cartel indigène de Q’alachaca, dans la région d’Omasuyus, où plus de 40 000 indigènes de diverses communautés et ayllus commencent à parler de « guerre civile ».
En juin 2002, indigènes et travailleurs font ce que jamais ils n’avaient fait dans toute l’histoire électorale : ils votent pour leurs propres candidats. Ces mouvements précipitent la crise de l’Etat. Le « concept néolibéral » de ces quinze dernières années est le suivant : des systèmes où les partis sont les seuls médiateurs entre l’Etat et la société, la démocratie « représentative », la gouvernabilité pactisée. Un Etat monoculturel face à une société multiculturelle.
Sánchez de Lozada est président de 1993 à 1997. Il « remporte » un second mandat : du 6 août 2002 au 6 août 2007, grâce à un pacte entre le MNR et le MIR.
En février 2003, l’image de l’Etat, et plus particulièrement de ses institutions, s’effondre comme un « château de cartes » lorsque policiers et militaires commencent à s’affronter. La ville la plus pauvre et la plus indigène de l’Etat, El Alto, lance l’initiative en prenant le contrôle des territoires urbains. « Le mouvement katariste, après 322 ans, arrivera dans la ville peuplée par d’autres indigènes, aujourd’hui urbanisés, qui finiront par asphyxier l’Etat ».
Lorsque des militaires, le 20 septembre, assassinent six civils à Warisata, les actions se radicalisent à un rythme jamais enregistré. La marche populaire du 16 octobre à la Paz et dans d’autres départements réaffirme la souveraineté du peuple, à tel point que seules quelques heures les séparent du départ de Sánchez de Lozada, ou du début d’une guerre civile insensée.
L’Etat perd sa capacité de répression ; elle s’épuise brutalement dans une tentative de reprise militaire de El Alto. La population réagit par l’insurrection civile ; les forces de « l’ordre » font des dizaines de blessés et assassinent 80 personnes entre lundi et mardi. Vendredi 17, le pouvoir politique est assiégé, et le peuple bolivien en rébellion.

 Le gouvernement de Gustavo Noboa Bejarano (2000 - 2002) voit temporairement les différends oligarchiques diminuer au sein du Parlement. Les pressions externes sont les suivantes : les organismes internationaux et transnationaux continuent d’appliquer les accords avec la même intensité. Mahuad, avec la complicité du Parlement, a déjà cédé une partie du territoire national en vue d’y installer la base américaine de Manta, et, avec la complicité des Forces armées, les accords militaires relatifs au Plan Colombie-Patriote ont déjà été conclus. Les mouvements sociaux cessent temporairement d’intervenir dans la vie politique du pays.
Pour les élections de l’année 2002, certains mouvements sociaux tels que des secteurs de la CONAIE, Pachakuti-Nuevo Pais, la Coordinadora de Movimientos Sociales (Coordinatrice des Mouvements sociaux), le Movimiento Popular Democrático (MDP, Mouvement populaire démocratique) et un large éventail d’organisations de gauche et progressistes, s’unissent autour d’un projet qui au fil du temps va s’avérer malheureux : la candidature présidentielle du colonel Lucio Gutiérrez. Ce candidat au discours démagogique et bénéficiant du soutien de l’autorité morale accordé par les organisations qui entrent dans « la vie » politique avec un grand prestige d’honnêteté et d’engagement envers les pauvres, lui offrent une victoire inespérée. Le vice-président choisi est un cardiologue guayaquilène mal connu, lié à des cercles professionnels progressistes de la plaine côtière.
La première semaine du mois de février 2003, le colonel président fait part de sa trahison à ses électeurs, en déclarant vouloir devenir « le meilleur allié des Etats-Unis », ce qui provoque des réactions euphoriques dans la presse américaine, ainsi que dans des milieux oligarchiques locaux, qui se risquent à déclarer que Lucio est le président « le meilleur marché » de tous les présidents qu’ils ont élu jusque là. La « maladresse » des dirigeants de Pachakutik et du MPD allaient leur coûter très cher : leur participation dans le cabinet néo-libéral de Gutiérrez, est interprétée comme un signe de complicité, et, vis-à-vis des bases des organisations indigènes et populaires, comme une trahison. Le gutierrisme va plus loin : il parvient à diviser le mouvement indigène, dans le but de le neutraliser et de l’anéantir, en y plaçant des dirigeants corrompus qui ruinent les relations entre les organisations fraternelles de la Sierra, de la plaine côtière et de el Oriente. Les trois pactes « signés » (en février 2003) lors de sa première rencontre avec G. Bush sont suivis à la lettre : 1. Accélérer les réformes néolibérales de l’Etat, dans le cadre du TLC, en tirant profit du « contrôle » qu’ils exercent à l’époque sur les mouvements populaires. 2. Former une nouvelle alliance politique « stratégique » avec le PSC de León Febrescordero, le PRE d’Abdalá Bucaram, le PRIAN du magnat Alvaro Noboa et le Partido Sociedad Patriótica (PSP, Parti société patriotique) de Gutiérrez. 3. Etablir une alliance stratégique région-continent avec le gouvernement colombien d’Uribe Vélez, conformément aux objectifs de Washington ; comprenant de toute évidence l’implication du pays dans le Plan Colombie-Patriote et dans le bloc contre le Venezuela.

IL NE SUFFIT PAS DE CHANGER LES GOUVERNEMENTS, NI DIRE : QU’ILS S’EN AILLENT TOUS !

Le Département des Opérations de l’armée bolivienne avait estimé à l’avance que les actions militaires destinées à préserver l’ordre public et défendre la stabilité du gouvernement de Sanchez de Lozada, feraient de nombreux morts (entre 600 et 1000 personnes). L’insurrection avait « momentanément » pris le dessus sur l’Etat. « Pour le moment, la bourgeoisie bolivienne a été contrainte de se retirer et d’abandonner l’action de répression en faveur de manœuvres et complots. Malgré ce changement, il n’existe pas de différence entre Carlos Mesa et Sánchez de Lozada. Mesa a dû se retirer à la seconde ligne de défense, se diriger vers les masses populaires et promettre que « la loi et l’ordre » se réinstaureraient, et ce, afin que la population quitte les rues et rentre chez elle ; l’oligarchie aurait ainsi pu oublier ses concessions.
Mesa a promis une redistribution plus juste des recettes de l’exportation du gaz entre les entreprises pétrolières et l’Etat bolivien ; actuellement, 18 % vont à l’Etat et 82 % aux multinationales. La promesse d’un referendum concernant une prise de décision au sujet du projet d’exportation du gaz, faite par la bourgeoisie pour tenter de tranquilliser la population, n’a pas vraiment été tenue par le gouvernement. Ce dernier a déjà négocié un traité de libre échange avec le Chili, ce qui a motivé l’indignation des paysans. Le gouvernement Mesa soutien qu’il poursuivra la même politique que celle que le pays connaît depuis ces dernières années, appuyant la nécessité d’une négociation raisonnée avec les secteurs qui produisent la coca.
Les leaders du soulèvement populaire, tels que Roberto de la Cruz, affirmaient que la trêve était une erreur et une manière pour Mesa de se faire des illusions ; celui-ci appartient également à l’oligarchie et il a été complice de toutes les politiques d’attaques contre le peuple. Felipe Quishpe de la CSUTCB a déclaré : “la classe politique a le pouvoir, mais a déjà démontré qu’elle ne pouvait pas manipuler le pays car elle permet que se génèrent des conflits et parce qu’elle utilise les armes pour stopper ces conflits. Pour cette raison, il est temps que les majorités indigènes et les autochtones prennent le pouvoir et gouvernent à côté de la classe ouvrière et des collectivités qui, depuis toujours, sont maltraitées, humiliées, et qui veulent jouir de l’opportunité d’entreprendre un changement sur base de l’égalité, la paix et l’honnêteté ».
D’un autre côté, des déclarations prononcées par Evo Morales selon lesquelles le discours de Mesa, sa promesse d’un referendum et d’une convocation de l’Assemblée constitutive, faisaient partie à 80% du programme du MAS (Mouvement vers le Socialisme) lui-même. C’était ce dont les élites avaient besoin à ce moment pour rendre confuses les organisations populaires et les diviser. Morales a déclaré : « Mesa depuis le Palais et le MAS depuis le Congrès, commencent à changer ces normes, et il faudra peu à peu changer le modèle économique pour que nos entreprises et ressources naturelles soient celles des Boliviens ».
Des leaders de gauche, comme Solares de la COB, F. Quishpe de la CSUTCB ou De la Cruz (leader de la COR de EL Alto) ont critiqué nombre des attitudes de Morales. Ce qui constitue la clé pour eux, c’est de se préparer à prendre le pouvoir. L’Assemblée Constituante, mise sur pied selon les termes de Mesa, ne sera qu’un autre parlement bourgeois. Défendue par tous les leaders de la gauche bolivienne, elle se présentait comme profondément fausse et contreproductive. Pour cette raison, ils affirmaient que cela avait un sens de convoquer une Assemblée populaire révolutionnaire, qui a une tradition en Bolivie depuis les années 1970-1971, avant une Assemblée Constituante « révolutionnaire » des secteurs qui soutiennent le gouvernement.
L’apparente « ambiguïté » de Carlos Mesa a changé pour une prise de position ouverte en faveur des entreprises pétrolières, des organismes internationaux et des élites boliviennes. Il a utilisé E. Morales et la direction du MAS pour traverser « l’œil du cyclone », une fois la population démobilisée ; et en se « regroupant » avec les partis traditionnels, il a formé une autre Mega-Coalition au Parlement, qui s’est avéré être le chemin le plus propice pour continuer la cosmétique du pouvoir. L’attitude temporisée de E. Morales a changé a partir des critiques sévères de la part des organisations alternatives qui l’ont obligé à changer d’attitude ; déçu par les commentaires moqueurs de Mesa et du Parlement, entre les plaintes, il a assumé son opposition au gouvernement Mesa. De nombreuses organisations, malgré les directives de leur supérieur (MAS et Mouvement des Sans Terre) ont opté pour se plier au mouvement général. « Dans la localité de Sorata (haut-plateau), quatre exploitations agricoles ont été occupées par des paysans de la CSUTCB dirigée par Felipe Quishpe ; tandis que dans le sud de la ville de la Paz, d’autres occupaient une grande partie des terrains de Mallasilla. Dans la vallée de Cochabamba, à Sacaba, les agriculteurs se sont emparés de force de la propriété de l’ex-ministre de la Défense, Carlos Sánchez Berzaín, le bras droit de Sánchez de Lozada.
Les exigences qu’a le peuple vis-à-vis du gouvernement de Carlos Mesa se centrent sur la nationalisation des hydrocarbures, sur la convocation d’une Assemblée Populaire pour réformer la Constitution. Les entreprises pétrolières et l’oligarchie bolivienne en alliance fermée ont conçu une stratégie de blocus contre ces initiatives à travers le Parlement et l’implacable regard des Forces Armées et de l’Ambassade américaine. Etant donné qu’il n’y a eu aucun résultat, la pression populaire se faisant alors plus forte, ils ont lancé une autre stratégie qui est parvenue à semer encore plus de confusion que l’actuelle, avec le projet des Autonomies, présenté « en simultanéité » par les départements dont le sous-sol contient des hydrocarbures. La menace d’un coup d’Etat comme tactique de distraction n’a pas non plus fonctionné. Mesa, qui avait déjà simulé un « renoncement », s’est fait prendre à son propre jeu, victime de sa propre « invention ».
Lundi 06 juin 2005, Carlos Mesa a présenté sa démission (laissant la décision au Parlement, comme il l’avait déjà fait précédemment), après une gestion du pays de 20 mois, période qui a débuté avec le soutien populaire ; celui-ci s’est peu à peu dissolu et Mesa a été finalement contraint de démissionner. Le Congrès a du se déplacer à Sucre pour résoudre le renoncement de Mesa, par manque de certitude. La mort d’un mineur a sapé les intentions des présidents du Sénat et de la Chambre des députés, Vaca Diez et Mario Cossio d’assumer la présidence. A la place de Mesa, c’est Eduardo Rodriguez qui a été nommé, représentant de la Cour Suprême de Justice de Sucre.
Les Organisations les plus combatives se sont donné un délai de 48 heures, et 10 jours dans l’attente d’une réponse à leurs demandes (la COB, Central Obrera Regional), la FEJUVE de El Alto. Le reste du pays respecte toujours le délai d’attente qu’a demandé Evo Morales, leader du MAS, ce qui représente une concession pour le nouveau chef du gouvernement. Ce qui se passe en Bolivie n’est à peine qu’une pause.
Carlos Mesa déclarait : « Rodríguez a une porte de sortie que je n’avais pas, celle de convoquer un processus électoral ».

.- Malgré que Pachakutik-Nouveau Pays et le Mouvement Populaire Démocratique (MPD) eussent rompu tardivement avec le gouvernement de Gutiérrez, le mal avait déjà été fait. Les trois plus grands partis de l’oligarchie, qui avaient apparemment fait la paix, ont de nouveau réactivé leurs luttes pour l’hégémonie. Alvaro Noboa désirait plus de présence politique, Bucaram voulait revenir de son exil, et León Febres Cordero, conserver son pouvoir sans se montrer proche ni distant du gouvernement Gutiérrez, inscrit aux élections du 17 octobre 2004. Ce double jeu n’allait pas durer très longtemps ; en profitant de sa proximité avec le tandem Noboa (PRIAN)-Bucaram (PRE), Gutiérrez a rompu avec León Febres Cordero (PSC), prenant ainsi parti contre l’hégémonie politique des Socialistes chrétiens.
Malgré la victoire électorale, lors de ces élections d’octobre 2004, des partis PSC, la ID et Pachakutik, et la très limpide défaite essuyée par la grande alliance partisane du gouvernement, l’alliance victorieuse, d’un air triomphant, a actualisé la proposition de jugement politique contre Gutiérrez (4 novembre 2004) qui a échoué. Ce qui est « surprenant », c’est que Gutiérrez, accompagné de ses alliés PRIAN-PRE, réussira à constituer une majorité, en soudoyant de nombreux parlementaires « indépendants ». Cette majorité (constituée le vendredi 26 novembre 2004) se chargera, ainsi qu’on le suppose, de briser le pouvoir de l’alliance PSC-ID-Pachakutik de toutes les instances de l’Etat. Cela sera possible avec l’union de la Cour Suprême de Justice, du Tribunal constitutionnel, le Tribunal électoral, le Procureur de la Nation, le Défenseur du peuple, les Commissions du Parlement et ses principales dignités (session parlementaire du 9 décembre 2004).
Dans les provinces, il y aura des expressions de mal-être, comme celle de Guayaquil, le 22 janvier 2005, qui ira jusqu’à déboucher sur une grande mobilisation civique et patriote, convoquée par le maire de Guayaquil, Jaime Nebot Saadi, militant du PSC. Mercredi 13 avril 2005 à Quito, le maire de Quito et le préfet de la province de Pichincha, tous deux militants de la Gauche démocrate, décrètent une grève provinciale, qui n’obtiendra pas le succès escompté.
LES FORAJIDOS : Cette nuit du 13 avril 2005, la radio « La Luna de Quito » (station émettrice FM) dont le jingle est destinée aux jeunes, se transforme en une émettrice à la disposition des gens. Ses directeurs invitent la population à s’exprimer avec des casseroles (le « cacerolazo », concert de casseroles). Cette même nuit, environ 3000 personnes sont sorties ; la semaine suivante, il s’agissait de plus de 100 000 personnes.
Le 14 avril 2005, les gens ont expliqué le « reventón », l’éclatement ; la population s’était « rebaptisée », ils s’appelaient les FORAJIDOS (Gutiérrez les avait insultés, les traitant de “forajidos”, à savoir des « hors-la-loi »). La radio La Luna s’est alors fermée aux politiciens « professionnels » et a préféré la voix du peuple, des FORAJIDOS. Le « reventón » consistait à faire éclater des ballons et également en un montage qui simulait une cellule de prison avec des marionnettes représentant les « politiciens corrompus » du pays, en commençant par le Président Gutiérrez, les nouveaux fonctionnaires nommés par le Parlement, et tous les ex-présidents de la période « démocratique » néo-libérale.
Le 15 avril 2005 est le jour du « tablazo », bruit produit par deux bouts de bois frappés l’un contre l’autre. Le cri n’est plus seulement : DEHORS, LUCIO !, mais ALLEZ VOUS EN TOUS ! Cette nuit-là, le président Gutiérrez provoque la population, décrétant l’Etat d’urgence et la suspension de la « nouvelle » Cour Suprême de Justice, ce qui équivalait à légitimer sa dictature. L’attitude des Forces Armées, jusqu’ici, avait été de soutenir Gutiérrez ; ses compagnons de promotion se trouvaient dans toutes les garnisons stratégiques du pays.
Le 16 avril, jour du « rollazo », le rouleau ; les citoyens ont été invités à apporter un rouleau de papier hygiénique afin de « nettoyer le pays ». L’Etat d’urgence a été révoqué, il était impossible de réprimer une manifestation populaire si décente. Le vice-président Palacios s’est prononcé en faveur de l’abrogation a qualifié les décisions présidentielles d’inconstitutionnelles et d’actes dictatoriaux.
Le 17 avril ; exempt de soutien, Gutiérrez improvise une concentration de soutien et part à Babahoyo. Pendant ce temps, à Cuenca, la troisième ville du pays, les gens se montraient dans les rues pour montrer leur opposition au colonel. Les étudiants de Quito avaient déjà trouvé leur place dans les protestations et s’étaient confrontés aux policiers. Les gens étaient mécontents d’apprendre la volonté de Gutiérrez de suspendre la Cour Suprême de Justice, parce qu’elle avait déjà classé les plaintes contre Abdalá Bucaram, Gustavo Noboa y Alberto Dahik.
Lundi 18, 2005 ; bien que la Cour ait été suspendue, les mobilisations se sont poursuivies ; les FORAJIDOS ont compris le « coup » du colonel Gutiérrez. Le « escobazo », l’attaque du balai, le « bicicletazo », celle de la bicyclette et le « frenazo », du frein, se sont combinés.
Le 19 avril, on annonce que le gouvernement a engagé la population des provinces pour neutraliser les forajidos. Le régime a lancé 3000 bombes lacrymogènes, et les affrontements ont fait des victimes (3 morts) et blessés. Le gouvernement a compris un peu tard que ses heures étaient comptées et a invité « au dialogue » ; il a exprimé son « goût » pour un gouvernement d’unité nationale. A 9h45, Julio Garcia décède, victime de la répression et le dictateur reste sur le siège du gouvernement.
Le 20 avril, Renan Borbuá Espinel, ex-chef de la police et cousin du colonel président, annonce qu’il va à Quito avec des bus remplis de militants de la Société Patriotique, afin de soutenir le gouvernement. D’un autre coté, le ministre Antonio Vargas et son sous-secrétaire Bolivar González avaient réussi à négocier le soutien d’indigènes évangéliques de Tungurahua et Chimborazo. Le refus du commandant de la police Jorge Poveda de continuer la répression a fait incliner la balance en défaveur du gouvernement. A 10h45, l’ambassade américaine et le colonel se réunissaient, comme pour représenter l’appendice de la fin d’un épisode. A 12h30, Gutiérrez s’affairait encore à la tâche et déclarait à la BBC qu’il ne renoncerait pas et que « il mourrait en ayant essayé ».
Plus tard, les forces armées lui refuseront leur soutien et l’aideront à s’enfuir. A 16h43, le dictateur se réfugie dans l’ambassade du Brésil. Rafael Palacios assume donc la présidence et promet de RESTRUCTURER le pays.

III.- PARTIE : - EN GUISE DE CONCLUSION :
LA CLASSE POLITIQUE, NI SES GOUVERNEMENTS, NI SES PARLEMENTS, POURRONT FONDER UN NOUVEAU PAYS. SEULE LA CONSTITUTIONNALITE DU PEUPLE SOUVERAIN LE POURRA.

Par des chemins différents, mais en allant dans la même direction, les Boliviens et Equatoriens sont arrivés au sommet de la démocratie oligarchique représentative ; et cette conclusion revient presque à dire que ce modèle ne répond pas aux besoins de ces deux peuples. Nous avons brièvement décrit cette période de l’handicap historique dont ont souffert nos dénommées « démocraties » depuis leur imposition, pour ouvrir le débat sur la causalité des actuels processus andins, qui vont plus loin que les « suppositions imaginatives » du Département de l’Etat. L’ « unilatéralisme » de la « démocratie » du « libre échange » doit s’ouvrir à de nouveaux chemins d’équité, pour aller plus loin. Les dernières expériences, malgré l’absurde répression de l’Etat, laissent d’extraordinaires leçons permettant d’enrichir le savoir des peuples. Ainsi, nous dirons que :
1.- Les Organisations populaires n’ont aucune occasion légale qui leur offre l’opportunité ou leur permette de se légitimer. Les groupes de pouvoir, par « ruse préventive », ont fermé ce cadenas pour conserver le monopole des décisions en « démocratie ». La cause immédiate des graves conflits de ces peuples andins est les excès de ces mêmes élites, de leur pouvoir institutionnalisé. Ces cadenas doivent tomber, si la supposée « rationalité démocratique » ne le fait pas, c’est au tour des peuples de récupérer ce rôle de protagoniste.
2.- Ce qui confirme l’unilatéralisme néo-colonial de mondialisation, c’est l’alliance entre les élites locales et les élites transnationales, la dépendance envers les organismes internationaux, ainsi que l’unilatéralisme géopolitique et géostratégique de Washington (sa nouvelle base militaire se trouvant au Paraguay), qui désirerait imposer une stratégie verticale et de guerre pour le continent. De même, ils aggravent le cadre du pays, dont l’ « unique terrorisme » existant est l’injustice, la faim et la misère des immenses majorités.
3.- L’excès d’idéologisation, accumulé durant de nombreux siècles de domination, limite toujours la possibilité des peuples, dans leur grade actuel d’organisation, de faire plus qu’attendre interminablement l’accomplissement des promesses des gouvernements actuels ou de ceux qui sortent des crises. Cette « sacralisation » des pseudo démocraties commence à tomber à certains endroits. Et n’oublions pas le savoir populaire, également accumulé, et qui nous rappelle les propos de René Zavaleta, concernant ce qui se passe en Bolivie : « Ils n’ont pas voulu prendre le pouvoir à cause de cette inclinaison du peuple pour le manque de détermination pour le pouvoir, lorsqu’on est face à lui. Ou peut-être était-ce parce qu’il avait conscience que derrière ce pouvoir apparent de la Plaza Murillo se trouvait le pouvoir réel de l’Etat major de l’Armée et de l’ambassade américaine. La population a compris ; elle est partie pour revenir à la prise définitive. »
4.- Les niveaux actuels d’articulation stratégique des secteurs populaires leur posent des difficultés pour assumer des positions d’unité intégrale qui favoriserait la concrétisation de leurs revendications, leurs objectifs. Il n’y a pas d’accord sur la stratégie alternative ; les élites depuis quelques temps ont perdu la gestion et le projet de nation, de pays, en pleine phase de mondialisation. Ce vide reflète les limites du discours de la première puissance : « libre échange» et « démocratie » pour le continent.
5.- Le niveau de violence qu’atteignent les Etats contre le Mouvement Populaire a été la voie la plus rapide pour « résoudre » les conflits. Les procédés des forces répressives de chaque pays diffèrent, mais ils sont contrôlés par des Etats et élites irresponsables, incapables de gérer quoi que ce soit par différentes alternatives. L’hermétisme de fer dont fait preuve les élites ne laisse pas d’autre choix que de répondre en neutralisant l’agression. La décence créative des Organisations boliviennes, équatoriennes de vouloir dialoguer est le témoignage lacérant d’un compromis avec les humbles. D’un autre côté, les expériences précédentes les ont obligés à être prudents avec le pouvoir, méfiants et, pour cette raison, ils cherchent à se préparer dans des conditions d’égalité de pouvoir, condition unique pour se faire écouter. Les forajidos, pour le pouvoir, ont entrepris une certaine lutte qui encercle la répression en un dilemme, celui d’être avec les gens ou d’engager une absurde lutte sanglante. La rupture avec les formes de lutte traditionnelles, sans chercher l’affrontement, en sortant du point de mire de la répression en agissant la nuit, de manière dispersée, désarmée, mais armée de symboles beaucoup plus efficaces que la confrontation directe. La participation de familles entières, d’enfants, de personnes âgées, et tout particulièrement de jeunes, tout cela a donné au mouvement de masses forajido un caractère et un style impossibles à contenir.
7.- Deux gouvernements de transition : celui du Bolivien Eduardo Rodriguez et celui de l’Equatorien Alfredo Palacios ; ainsi que toutes les pressions pour que perdure le statut quo des groupes au pouvoir. Deux propositions apparentes de chercher un « accord » pour la « restructuration » de chaque pays, couvertes d’un brouillard obscur de méfiance des peuples au sujet de l’Institutionnalisme d’un Etat et de quelques partis politiques corrompus. Deux promesses concernant le fait de demander l’avis populaire pour les élections en Bolivie et en Equateur, par des réformes politiques, en résistant à la convocation d’Assemblées populaires, parce que les peuples désiraient fêter cela sans la classe politique. Depuis lors, les peuples ont résisté au statut des « autonomies », qui est « un camouflage » de cette même classe politique, de ces mêmes élites, des entreprises pétrolières qui essayent d’assurer leur pouvoir mondial, en contrôlant en partie la population et le territoire.
8.- Les peuples sont impatients de voir arriver les changements, représentant un « élan vital » qu’ils ont construits tout au long d’une histoire qui a commencé avant la Conquête et la Colonisation. Un produit du savoir populaire, non de la barbarie, ni du chaos ou du populisme. Cette base se tient sur sa connaissance proche et lointaine, et sur la créativité plus que suffisante pour organiser de nouvelles conceptions.
9.- Les alternatives dont nous pouvons parler se présentent pour ces peuples andins du côté de la géopolitique et la géostratégie continentale ; elles sont marquées, pour le moment, d’une certaine clarté : une droite traditionnelle néo-conservatrice, oligarchique, avec des personnes de référence : Bush et Uribe. Un choix de « centre », « suis generis », d’une « gauche » appelée plus tard « responsable », « mûre », qui se permet des programmes d’ « urgence sociale », du genre « Faim Zéro », sans écarter les mesures « progressistes », en les combinant avec des implémentations néo-libérales, de la main des Organismes internationaux tels que la BM, la BID, le FMI (Chili, Brésil, Uruguay), et accompagnées bien entendu de la corruption si « propre » aux « démocraties ». Finalement, une position de souveraineté et de dignité nationales, que les peuples andins prennent pour référence : dans le passé récent et actuel, Cuba et, au présent, le Venezuela et sa révolution bolivarienne qui vient seulement de commencer, et qui connaît de nombreuses difficultés, précisément à cause du type de proposition bolivarienne.
10.- Pour les Boliviens et les Equatoriens, le développement d’une stratégie cohérente, au niveau national et international des organisations alternatives leur permettra de faire quelques avancées significatives. Se promener isolés ou seuls sera une manière supplémentaire de légitimer le pouvoir existant. Jorge Quiroga Ramirez (Tuto) avec sa nouvelle organisation (Alianza siglo 21) et Samuel Doria Medina avec son organisation (Alianza Nacional) sont les deux figures du pouvoir bolivien ; Washington et les entreprises pétrolières préfèrent clairement Quiroga. Evo Morales et son euphorie pour les compétitions électoraux peuvent lui jouer un mauvais tour s’il reste seul ; en plus, si nous envisageons les déclarations de celui-ci et de son vice-candidat Alvaro García : « La Bolivie a besoin d’un capitalisme d’Etat, andin ». Pour le moment, Quishpe et Solares se distancient, la conduite « contradictoire » de Morales rend les alliances difficiles. En Equateur, le gouvernement de Palacios panique devant les pressions de Washington ; les premières victimes sont celles-ci : le ministre innovateur Rafael Correa, Luis Maldonado Lince et Carlos Pareja. Nous attendons les prochains faits : l’Avis populaire aura lieu en décembre et, en toute certitude, les « surprises » perdureront. Pendant ce temps, les partis oligarchiques se frottent déjà les mains pour les prochaines élections. Pour eux, des propositions telles qu’une Assemblée populaire restent en dehors de leur « agenda »/projets.




09:35 Écrit par Jos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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